Makers : des utilisateurs aux pratiques de créateurs industriels

Qu’est-ce qu’un Maker, un Makerspace, une Fablab, et autres « Tiers-lieux » ? Ce sont des ateliers de création en plein développement qui réunissent des communautés d’usagers en France et à travers le monde. Avec l’éveil des consciences écologiques, la convergence des technologies et le partage des données, les savoir-faire fusionnent et donnent à voir des nouveaux profils d’utilisateurs. Si certaines données restent encore difficiles à quantifier, on peut facilement s’apercevoir que des ateliers de toutes natures émergent.

 

Il en découle un engouement de la part d’une population hétérogène qui cherche à « faire soi-même » (do it yourself) au sein d’ateliers collaboratifs. On y retrouve des personnalités inventives que l’on appelle des Makers, venant de différents horizons. Ces derniers peuvent être de simples particuliers comme des professionnels reconnus dans leur domaine d’activité.

 

1 _ Une population de plus en plus réceptive à l’acte de création

 

Année après année, le public s’implique de plus en plus dans les processus de fabrication des objets de consommation. Les considérations écologiques entrainent des changements de mentalités.  Les niveaux de vie évoluent et impliquent de mesurer ses achats. Voilà des exemples qui poussent de nombreuses personnes à fabriquer et à intervenir sur un ensemble d’éléments du quotidien. Nous l’observons tous les jours avec l’implication croissante des particuliers dans le secteur alimentaire. Concernant l’industrie de la mode, elle doit composer avec des sites de ventes d’occasion comme Vinted. Enfin, l’obsolescence programmée pousse les consommateurs à repenser leurs modèles de consommation.

 

Si vous croisez ne serait-ce que ces premiers éléments, vous pouvez facilement comprendre comment et pourquoi certains usagers souhaitent maitriser les objets qu’ils utilisent quotidiennement. C’est dans ces conditions que se sont développés différents types de Makers :

 

_ Les Makers amateurs : étudiants, particuliers, enfants, femmes au foyer, retraités, etc

Ils perçoivent l’acte de création comme un loisir qui peut déboucher sur une compétence. Leur objectif est d’apprendre à utiliser des nouveaux outils pour mieux appréhender les nouvelles technologies. Ils peuvent utiliser des imprimantes 3D comme des découpeuses laser pour fabriquer des objets de décoration.

_ Les Makers semi-professionnels : étudiants, artistes, professionnels en cours de reconversion

Les Makers semi-professionnels sont des personnalités qui cherchent à tester des solutions pour enrichir leur processus de conception. Ils sont dans une étape de test et de recherche avant de passer dans la catégorie des professionnels.

_ Les Makers professionnels :  enseignants, chercheurs, designers, ingénieurs, etc

Pour eux, le principe de mutualisation des données est essentiel. Il leur permet de gagner du temps dans des secteurs concurrentiels. Ils seront souvent intégrés dans des projets à grande échelle afin de pouvoir avancer sur des thèmes précis et encadrés.

 

2 _ Le développement des Fablabs et autres structures de création

 

MakerspaceExemple d’espace dans un Tiers-lieux « Ici Montreuil »

 

De la Fablab aux Tiers-lieux, on peut trouver tout un ensemble de vocabulaire qui définit les lieux où se retrouvent les Makers. Pour créer ou intervenir sur des objets, il vous faut des espaces dédiés. Les différents lieux d’action peuvent prendre place aussi bien au sein d’une médiathèque que d’une école. Il n’y a pas de règles à proprement parlé. L’important est d’obtenir un cadre qui autorise le croisement des savoirs et la possibilité d’utiliser des machines-outils. On peut alors observer différents types d’espaces :

 

_ Les Tiers-lieux

 

L’expression « Tiers-lieux » englobe un ensemble d’espaces qui aujourd’hui encore ne sont pas clairement définis sur de nombreux points. Malgré tout, ils ont en commun de regrouper des utilisateurs de tous profils professionnels et milieux sociaux. On y retrouve des ateliers de création avec un ensemble de matériels, le tout encadré par des professionnels. Ce sont des espaces de rencontres où l’important est avant tout d’autoriser les échanges entre des usagers, autour d’activités ludiques et accessibles. La notion de divertissement est elle aussi présente sous l’angle d’activités culturelles complémentaires. Les Tiers-lieux sont à prendre comme une expression générique et non pas comme des espaces spécifiquement dévolus aux Makers.

 

_ Les FabLabs

 

Les Fablabs (laboratoire de fabrication) sont donc une forme de Tiers-lieux. Ils obéissent à une charte et se doivent de fonctionner suivant un cadre très précis. La Fablab a pris naissance au sein du MIT (Massachusetts Institute of Technology), il est donc naturel qu’elle obéisse à des conditions qui la rapprochent du milieu professionnel. Cependant, elle reste ouverte au grand public, et permet de faire circuler des savoirs à une échelle internationale. On parle alors de biens communs informationnels. Pour bien comprendre son fonctionnement, il vous faut comprendre qu’une Fablab obéit à 4 critères :

 

_ Le premier concerne son accessibilité, c’est-à-dire ses conditions d’ouverture au public.

_ Le deuxième prend en compte son engagement dans la charte qui a été établie et mise en forme au MIT.

_ Le troisième fait référence aux outils disponibles, ainsi qu’aux processus mis en place afin de les utiliser.

_ Enfin, le quatrième et dernier point est dévolu à la contribution au réseau global des Fabalbs. C’est-à-dire qu’on évalue la part de création de projets collaboratifs ou non au sein de la Fablab.

 

_ Les Makerspaces

 

Ce sont des Tiers-lieux qui se rapprochent des ateliers de maquettes professionnels. On y retrouve tout un ensemble d’outils qui vous donnent la possibilité de réaliser des prototypes de qualité professionnelle. C’est le principe de base de mutualisation des outillages qui permet à une communauté de trouver son intérêt à partager un espace. Il y a d’autres subtilités qui définissent un Makerspace, le rendant ainsi différent d’une Fablab.

 

Il n’y a pas, par exemple, de charte officielle mise en place par une Université concernant le Makerspace. De plus, la configuration très orientée vers la présence des machines professionnelles permet de percevoir les Makerspaces comme des ateliers liés aux politiques de développement durable. Ce qui nous amène à un autre type d’espace comme le Repair Café.

 

_ Les Ateliers de réparation (Repair Café)

 

Les cafés de réparation sont à percevoir sous l’angle citoyen. Ils ont pour objectif de réunir des individus à l’échelle locale et vise à les sensibiliser à la « bricolabilité » des appareils. Autrement dit, c’est une forme d’initiative citoyenne qui vise à mettre en parallèle la cohésion sociale et l’esprit d’un Makerspace.

 

Dans ce type d’atelier, on ne va pas vous apprendre à utiliser une machine à commande numérique. On va plutôt vous aider en réparant vos objets du quotidien, dans une atmosphère conviviale et détendue. C’est la forme la plus pédagogique et efficace pour lutter contre l’obsolescence programmée.

 

3 _ Réparer, apprendre, modifier, et inventer de nouveaux produits

 

Il y a tellement à dire sur le sujet qu’il est important de synthétiser et de se focaliser sur les actions réelles des Makers. Comme vous l’avez vu, il existe différents lieux qui proposent des activités complémentaires pour intervenir sur des produits de consommation. Ce qu’il est important de comprendre c’est qu’un Maker va pouvoir :

 

_ Réparer un produit endommagé, en fin de vie ou en panne.

_ Apprendre la logique de fonctionnement d’un ou de plusieurs produits pour gagner en autonomie.

_ Être capable de modifier un produit pour en améliorer son usage.

_ Utiliser tout ce qu’il a appris pour créer de nouveaux objets.

 

Si vous prêtez attention à ces propos, vous vous apercevrez qu’un Maker est bien plus qu’un usager d’un atelier de loisirs. En fonction de votre implication dans vos apprentissages, vous pourrez même à terme vous retrouver dans la situation d’un Designer dans la conception d’un projet. Et c’est pour cela qu’il faut regarder ce phénomène et tout ce qui en découle. Car il nous offre l’opportunité de remarquer comment, du simple statut de consommateur, les particuliers peuvent devenir des créateurs inventifs et actifs au sein de communautés locales ou/et internationales.

 

Pour bien comprendre l’impact de ce phénomène, dans certains pays, il est plus facile d’obtenir une imprimante 3D et ses consommables qu’une pièce défectueuse. On ne s’étonnera donc pas de voir des Tiers-lieux pousser au sein de villages isolés.

 

4 _ Les outils et l’implication du Maker dans l’industrie

 

Imprimante 3D MakerUne imprimante 3D dans sa forme la plus classique

 

Afin de pouvoir intervenir sur des produits, vous avez besoin de matériels et de connaissances spécifiques. Cependant, dans certains cas l’un et l’autre peuvent être difficilement accessibles. Les forums et les plateformes vidéo ont facilité la circulation d’informations. Les coûts de fabrications des imprimantes 3D ont aussi baissé. L’impression 3D s’est donc largement répandue au sein de ces espaces. Comme vous le savez, les marques garantissent l’existence de certaines pièces pendant un temps. Passée cette période, il devient difficile de les obtenir.

 

Maker Impression 3DUne imprimante 3D réalisée à partir de déchets éléctroniques dans une fablab au Togo par Afate Gnikou

 

C’est alors que tout le talent d’un Maker peut faire la différence. Il peut scanner une pièce en 3D ou la remodeler pour l’imprimer par la suite. Sur des petits matériels, l’opération n’est pas si compliquée en soi. Sur des projets plus ambitieux, vous aurez besoin d’outils plus complexes, comme des fraiseuses numériques. Aux Etats-Unis, les professionnels de l’industrie automobile font souvent appel à ce type de procédé. Ils n’hésitent pas à l’utiliser pour concevoir des jantes en aluminium sur mesure, ou des éléments de tableaux de bord par exemple.

 

Ceci dit, une grande partie des usagers utilisent au sein de Tiers-lieux des outils de conception liés à l’impression 3D et à la programmation. Et cela dans le cas de projets beaucoup moins ambitieux qu’une restauration automobile. Pour exemple, dans des ateliers accessibles au grand public, on vous apprendra à fabriquer des petits ordinateurs à l’aide d’un kit appelé Raspberry Pi.

 

Raspberry Pi

 

Makers : des utilisateurs aux pratiques de créateurs industriels | BecreativeVoilà à quoi ressemble l’ordinateur en dehors de ses accessoires et équipements. 

 

Comme vous l’aurez compris, la logique du Maker ne se limite à la réparation d’objets de la vie quotidienne. Par exemple, des particuliers réalisent des « Media Center » pour leur Home Cinéma au sein d’ateliers familiaux… On enseigne aussi dans les écoles la programmation aux plus jeunes à l’aide de ce kit. Ce nano ordinateur permet d’imaginer tout un ensemble d’applications quand il est couplé avec des écrans tactiles par exemple.

 

Pi top MakerExemple d’atelier à la conception d’un ordinateur portable avec le Raspberry pi dans un kit baptisé Pi-Top

 

 

ifixit : plus de 57 OOO tutoriels sur plus de 21 000 appareils

Maker tools IfixitLes batteries des ordinateurs sont souvent l’objet de remplacement. Ifixit vous explique comment les changer.

 

Avec l’exemple d’ifixit on voit bien comment la manière de percevoir un produit a changé dans la tête des consommateurs. La possibilité de pouvoir intervenir soi-même dessus est devenue dans certains cas de figure un critère de choix dans l’acte d’achat. Il suffit de voir comment les utilisateurs d’Apple cherchent en permanence à contourner les limitations imposées par la marque. D’ailleurs, face à la complexité des brides des constructeurs, il existe un nouveau critère dans la perception des matériels. On parle aujourd’hui « d’un score de réparabilité » pour informer le consommateur sur la manière dont est conçu un produit. Ainsi, grâce au site ifixit, il vous est possible de voir votre matériel démonté en temps réel au travers de vidéos.

 

Le principe n’est pas nouveau, mais ici il fait partie d’un projet plus grand intégrant une communauté et des solutions disponibles sur une variété d’objets. C’est d’ailleurs en démystifiant la complexité apparente des smartphones, qu’on a vu apparaître des propositions de solutions durables comme avec le Phoneblock. La possibilité de réparer ses objets électroniques est désormais ressenti aussi comme un challenge par cette communauté. Est-il possible de prolonger la durée de vie d’un objet ? Est-il possible de l’améliorer en changeant des composants ? Avons-nous vraiment le contrôle sur les différents types de matériels que nous achetons ? Voilà des raisonnements qui pourraient être à la base de beaucoup de problématiques dans le monde du Design.

 

Les conséquences du développement des Makers dans l’industrie du Design

 

Les Designers cherchent des solutions, analysent des comportements et utilisent des outils de prototypage de différentes natures. Avec le développement des Makers, nous avons l’opportunité de voir à grande échelle des groupes d’utilisateurs hétérogènes agir comme des Designers. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le nombre d’inventeurs qui passent par des Tiers-lieux. Ils en ressortent avec des produits améliorés qu’ils présentent par la suite à des concours, comme le concours Lépine.

 

Les professionnels du Design peuvent aussi chercher à intégrer les comportements de cette niche de la population pour proposer des nouveaux produits. Les projets de smartphones évolutifs vont dans le sens de cette réflexion. D’autant plus que ces utilisateurs font partie d’une nouvelle catégorie de consommateurs. Une catégorie qui souhaite obtenir des produits plus « éco-responsables », plus intelligents dans leur conception pour en améliorer leur durabilité.

 

Maker phonebloks

 

Afin de combattre l’obsolescence programmée, le Phonebloks vous permet de faire évoluer votre smartphone avec le temps. Si le projet se fait attendre, la demande est réelle et le projet existe déjà sous une autre forme. Des développeurs vous proposent par exemple de fabriquer votre smartphone à partir d’un Raspberry Pi. Nous sommes donc face à des initiatives multiples et croissantes que les Designers ne peuvent ignorer.

 

L’Open Source, un modèle qui se développe même dans l’industrie automobile

 

Makers : des utilisateurs aux pratiques de créateurs industriels | Becreative

 

Avec le développement des véhicules autonomes, le nombre de données à traiter est sans équivalent. Pour gagner en efficacité et en capacité de traitement, la question de l’Open Source s’est imposée d’elle-même. Elle permet de mutualiser des résultats et faire avancer la recherche pour tous. C’est dans ces conditions que des constructeurs automobiles se sont lancés dans des projets collaboratifs. En France, de nombreux acteurs sont réunis au sein d’une association : La fabrique des mobilités. On y retrouve donc des start-ups, des collectivités, des écoles et des laboratoires de recherche.

 

Une reconnaissance de ces nouveaux profils dans le monde professionnel

 

Depuis peu en France, il vous est possible de vous former pour devenir Maker Professionnel. On vous enseigne la soudure, la menuiserie, la programmation et tout un ensemble de logiciels pour vous permettre de créer des objets évolués et aboutis. C’est une première reconnaissance pour un phénomène de société qui permet la convergence de nombreuses disciplines.

 

Cela nous démontre aussi qu’être Maker c’est faire partie de cette nouvelle génération de métiers « jeunes » qui cherchent encore leur marque pour s’insérer définitivement dans le paysage. Il y a de grandes chances pour que l’on voit des cursus de Designers intégrer des cours présents dans des formations de Maker. Et bien entendu, les formations naissantes des Makers piochent elles aussi dans des cursus de Designers.

 

Conclusion

 

Comme vous l’aurez compris, les Makers sont en passe de changer profondément la société. En cherchant à s’approprier des outils complexes, ils participent à l’intégration de nouvelles logiques de consommation. Les Tiers-lieux, quant à eux, se développent et cherchent encore leur logique économique. Des partenariats avec des constructeurs automobiles et des fournisseurs de matériels se multiplient. Leroy Merlin est par exemple partenaire de TechShop.

 

Il est fort à parier que des profils d’utilisateurs avancés viennent à influencer les Designers dans leurs créations. Cependant, il faudra encore un peu de recul et pas mal de projets pour bien intégrer cette logique de création et de développement qui fait la part belle à la mutualisation des savoirs.

 

Enfin, pour aller toujours plus loin dans la conception de produits, les outils devront s’adapter et s’ouvrir à des publics variés. C’est dans cet esprit que des fabricants planchent sur du matériel et des interfaces accessibles mais au rendu professionnel. C’est ce que nous verrons dans un prochain article dédié à la croissance des outils et des logiciels de conception.

 

Pour aller plus loin sur cette thématique   : 

 

Le site du Makerspace Ici Montreuil : cliquez ici

Un article concernant le projet d’imprimante 3D réalisée à partir de déchets informatiques : cliquez-ici

Le site concernant le projet Pi-Top : cliquez-ici

Le site d’Ifixit qui permet d’intervenir sur des objets par le biais de vidéos explicatives  : cliquez-ici

Le site présentant le projet du Phoneblocks : cliquez-ici

Diaporama de présentation du projet de véhicule open source de Renault P.O.M : cliquez-ici

Enfin dans cette vidéo de présentation du Makerspace Ici Montreuil vous allez découvrir le fonctionnement de ce type de Tiers-lieux.

 

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